Interview de Guillaume Antoine, ACTED
1) Pouvez-vous décrire votre emploi actuel et votre parcours professionnel ?
Je suis actuellement directeur financier adjoint d’ACTED (Agence d’Aide à la Coopération Technique et au Développement), basé au siège à Paris. Je suis entré à ACTED il y a trois ans et demi comme assistant de l’administrateur en Afghanistan, la plus grosse mission d’ACTED. Attiré par l’Afrique, j’ai enchaîné sur une mission très opérationnelle de chef de base dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Après un passage au siège au sein du département Finances comme responsable des procédures de nos bailleurs de fonds (le nouveau Contrat-Cadre d’Echo venait notamment d’être lancé), je suis retourné sur le terrain, à Brazzaville, comme administrateur régional en charge de la supervision des finances d’ACTED au Congo-Brazzaville, en RDC, au Tchad et au Soudan.
2) Pourquoi avez-vous choisi ce poste ?
Ce poste de directeur financier adjoint est dans la continuité de mes postes précédents et me permet d’une part d’apporter une perspective terrain dans un travail de siège (en connaissant certaines des difficultés auxquelles peuvent être confrontés les administrateurs) et d’autre part d’acquérir une nouvelle perspective sur la gestion de projet et sur le management associatif, à l’échelon nécessairement plus rigoureux que représente le siège en termes de consolidation financière et de clôture comptable.
3) Quelles sont les qualités nécessaires pour occuper ce type de poste ?
Je pense que l’idéal est de concilier une formation standard en gestion et une connaissance concrète de l’administration des projets humanitaires. Une mission sur le terrain me parait quasiment indispensable, aussi bien pour les leçons que l’on peut en tirer que pour le gage donné ensuite aux administrateurs que leur siège n’est pas totalement coupé des réalités opérationnelles (vaste programme !). Enfin, dans un secteur comme l’humanitaire, où les procédures des bailleurs de fonds sont de plus en plus rigoureuses et où les ONG sans relais médiatique sont contraintes à une rigueur financière supplémentaire, il me parait indispensable de parfaitement maîtriser les procédures des différents bailleurs de fonds.
4) Quels sont les défis majeurs auxquels vous êtes confronté au quotidien ?
ACTED est financé quasi-exclusivement par des bailleurs institutionnels et ne dispose donc pas d’une grande marge de manoeuvre financière comme les ONG faisant des campagnes d’appels aux dons. Concrètement, cela veut donc dire que le terrain doit scrupuleusement respecter les budgets accordés par les bailleurs et que la structure du siège doit rester aussi légère que possible. Et comme les imprévus sont monnaie courante dans l’humanitaire, il n’est pas toujours aisé de respecter ces contraintes...
5) Quelle a été la mission la plus difficile et pourquoi ?
Ma mission la plus difficile a été la seule non strictement liée à l’administration. Il s’agissait d’ouvrir une base dans l’est de la RDC, dans une zone encore instable où les moyens logistiques étaient réduits à leur plus simple expression : pas de piste et un seul petit avion par semaine, seul moyen de déplacement dans la région. A côté de ces quelques mois passés en pleine forêt équatoriale, une clôture financière est un exercice très reposant !
6) Avez-vous suivi (ou suivez-vous) une formation particulière pour ce poste ?
Le département Finances d’ACTED organise des formations financières spécifiques pour les administrateurs avant leur départ et il est courant que les bailleurs de fonds les plus importants (Union européenne, Nations unies..) organisent sur le terrain des sessions de formation à leurs procédures. En revanche, en ce qui concerne le poste de directeur financier adjoint, ma formation s’est plutôt faite sur le tas, avec le directeur financier, l’auditeur interne, etc.
7) Quels sont selon vous les besoins de formation pour partir sur le terrain en tant qu’administrateur ?
Je pense qu’en plus d’une familiarisation "classique" à l’expatriation (qui peut se faire dans des zones difficiles sur le plan sécuritaire), il est nécessaire que la formation insiste d’une part sur les règles de reporting et de transparence imposées par les bailleurs de fonds et les donateurs et d’autre part sur les procédures internes à l’association (qui peuvent varier d’une ONG à une autre, en termes d’organisation et de niveau de validation financière par exemple).
{mosimage} Commentaire de Hervé Garrault, co-fondateur de l’Adéma À travers son témoignage, Guillaume Antoine apparaît clairement comme un directeur financier qui ne cantonne pas ses fonctions à la gestion des ressources financières de son ONG, au contrôle des dépenses ou à l’évaluation des procédures. En effet, il insiste, avec raison, sur la nécessité pour un responsable financier d’être formé aux techniques administratives et comptables ainsi qu’à l’art du reporting ou à celui du suivi de projet. Il souligne aussi que dans une association, comme dans une entreprise et peut-être plus que dans une entreprise, il faut avoir une bonne connaissance des autres acteurs et des compétences qui dépassent le cadre strict de ses fonctions. Tout cela peut s’acquérir par la pratique du terrain et l’accumulation d’expériences variées. Cela peut aussi se concrétiser par des formations transversales qui s’intéressent aux spécificités du management des associations dans une approche structurée. Dans une association, on ne vit pas isolé et avec des œillères. Quelle que soit la fonction assumée, celle-ci doit être conduite en cohérence avec les enjeux stratégiques de l’institution et en interaction avec les différentes parties prenantes. C’est ce qu’exigent aujourd’hui les bailleurs, les donateurs et les bénéficiaires. Aux UMA, c’est la logique que nous nous attachons à transmettre.